décembre 16

Influences

Allez, encore une page. Une dernière et je vais me coucher. Pendant que l’imprimante sort la production de la journée avec son crachotement habituel, je rédige les quelques paragraphes qui termineront en beauté cette fichue scène de mon roman.

La journée a été productive: 4000 mots rédigés, soit l’équivalent de 12 pages d’un premier jet de roman. Bien entendu, ces mots ne sont pas définitifs, mais au moins ils existent. C’est un bon début pour un écrivain.

J’ai fait mon boulot pour la journée, je suis fière et satisfaite. Je vais enfin pouvoir savourer un repos bien mérité.

Je ferme mon logiciel d’écriture et éteins mon ordinateur. Il est minuit, l’heure d’aller dormir. Je m’étire – malgré mes séances de musculation tous les muscles de mon dos sont douloureux – et me prépare une petite collation: tisane, noix, et fruit. Je l’ai bien mérité!

Un petit tour dans la salle de bain et je me glisse avec délice dans les draps frais. Je ferme les yeux, m’abandonnant à la fatigue. Mais mon cerveau encore en ébullition est totalement rétif au sommeil. J’éteins tout de même la lumière et me pelotonne sous la couette.

D’une voix qui me fait presque sursauter, il me lance:

— Franchement, ton personnage de Lucie, je te l’avais décrit autrement. Tu l’as rendu insignifiant. Comment veux-tu que tes lecteurs accrochent?

Mais c’est toi qui l’as inventé!

Puis:

— Si j’étais toi, je me calmerais sur les descriptions à la Balzac, personne n’écrit plus comme ça aujourd’hui!

Une source d’inspiration pour tous les auteurs !

Mais tu ES moi!

— La dernière scène manque de mouvement. Tu vas ennuyer le lecteur !

Je rallume la lumière. Je suis perplexe, je commence à douter. Je me lève brusquement et attrape mon exemplaire des Illusions perdues de Balzac dans ma bibliothèque. Je m’assois sur mon lit et je parcours quelques exemples de descriptions balzaciennes. Est-ce que j’écris vraiment de cette façon? En même temps, Balzac était un génie de l’écriture!

Mais pas moi. (Enfin, personne ne m’a jamais qualifiée de la sorte!)

Fébrilement, je me lève et me dirige vers mon bureau. Le petit tas de feuilles est là, bien rangé avec le reste de l’oeuvre en cours d’élaboration.

Je feuillette mes douze pages… Il y a clairement une influence balzacienne dans mes descriptions, en moins bon.

Je lis et relis les passages critiques, entourant et raturant mes feuillets.

Je rallume l’ordinateur – je ne peux pas laisser le texte en l’état – et je me remets à la tâche. J’en ai pour toute la nuit.

Est-ce pour cela que Balzac écrivait quinze heures par jour?

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novembre 5

Premier jet, et ensuite?

Je le soupèse, je le tâte, j’en éprouve l’épaisseur. Le premier jet est là, bien tangible dans sa version papier.

J’ai passé des mois sur ce premier jet et je mesure combien il me reste de chemin à parcourir avant d’en faire une oeuvre la plus aboutie possible.

Mais le moment n’est pas encore venu.

D’abord, il me faut remiser le manuscrit dans un tiroir. Pour quelques semaines. Des semaines qui seront consacrées à un autre projet.

Puis, vient le temps de la relecture. Armée d’un stylo rouge (et d’un chaudron de café), je m’assois devant le tas de feuilles et je redécouvre mon texte comme si c’était la première fois. A chaque instant, je m’efforce de me mettre à la place du lecteur. Je traque à la loupe toutes les incohérences: dramatiques, thématiques, chronologiques. Je relis mes fiches: mes personnages sont-ils en accord avec leur caractérisation? Sont-ils assez fouillés? L’opposition entre le protagoniste et l’antagoniste est-elle bien marquée? En ai-je assez « fait baver » à mon héros?

Je me penche ensuite sur les grandes articulations du texte: l’acte un, l’acte deux, l’acte trois, le midpoint, le début et la fin. Est-ce que j’ai pris le temps de laisser les choses évoluer? Ai-je pris des raccourcis? Ai-je besoin de faire de nouvelles recherches pour caractériser mon univers et enrichir mes descriptions?

Ensuite, je passe chaque scène à la loupe: toutes les scènes sont-elles bien nécessaires? Puis-je en enlever certaines sans nuire à la compréhension du texte (sous peine d’ennuyer mon lecteur)? Les enjeux de l’histoire sont-ils bien illustrés dans chaque scène? Chaque scène fait-elle progresser mon intrigue? Qu’en est-il du rythme? Est-ce que les émotions des personnages sont contrastées et compréhensibles?

Je veille également à susciter l’émotion du lecteur avec une écriture sensorielle et riche, ainsi que des enjeux forts. Mon personnage principal doit avoir quelque chose à perdre s’il ne va pas au bout de sa quête. Et les intrigues secondaires doivent contribuer à donner du sens à l’ensemble.

A ce niveau de relecture, je travaille sur le symbolisme, qui me permet de donner de la profondeur au texte, ainsi que sur mes décors et les objets. Le premier jet est souvent très cliché. La réécriture permet d’aller du général au particulier. Une « couverture grise » devient un « jeté de lit fausse fourrure ». J’aime cette partie du travail, c’est celle qui permet d’insuffler de l’âme aux mots, d’introduire mon univers d’auteur dans le texte.

Enfin, le travail stylistique peut intervenir à ce niveau de relecture. Je vérifie que le style est fluide, je remplace des mots et de verbes trop génériques (comme « être », « avoir », « faire ») par des termes plus appropriés et plus riches. J’élague, je raccourcis, je peaufine. Je vérifie les verbes de dialogue et les remplace également par des termes plus nuancés.

Enfin, il me reste le travail de mise en page et de typographie. J’utilise le logiciel Antidote pour m’aider.

En tout, il m’aura fallu de dix à quinze réécritures pour considérer que j’ai fait mon boulot d’écrivain…

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