mai 24

A deux secondes près…

C’était un samedi soir, je rentrais d’une sortie au cinéma avec des amis. Le film n’avait pas été très réussi – je trouvais le héros trop cliché – mais après on était allés boire un verre et c’était sympa.

Comme toujours à Paris, je prenais beaucoup le métro pour me déplacer. Ce soir-là, il n’y avait pas beaucoup de monde, peut-être parce que c’était l’hiver et qu’il neigeait.

J’entrai dans la bouche de métro et mes talons résonnèrent sur le sol sec.

Toute frissonnante dans mon manteau trop léger, je pris conscience du silence dans la station. Une vague odeur de désinfectant imprégnait les lieux.

Tout à coup, je me sentis très seule après cette soirée passée en bonne compagnie. Dans un accès de blues, je repensai aux amis que je venais de quitter, mais aussi à ceux qui avaient disparu de ma vie. A mes ex, aussi. Célibataire, l’idée de me retrouver toute seule chez moi me minait.

Mais je n’avais pas le choix.

Le quai était quasiment désert, mis à part un jeune couple qui se bécotait et trois adolescents qui buvaient des bières. Il faisait assez sombre, mais la chaleur me réconforta un peu. J’ôtai mon bonnet et mes gants.

La prochaine rame était annoncée dans sept minutes. Je soupirai, prenant mon mal en patience, quand plusieurs voyageurs arrivèrent.

Parmi eux, il y avait un homme jeune assez élégant, qui portait une serviette de cuir ocre et des petites lunettes. Il regarda sa montre et s’approcha du bord du quai. « Un jeune enseignant, me dis-je, ou un étudiant de troisième cycle ».

Je détournai le regard pour observer les autres arrivants. Une petite foule s’était créée, et des rires résonnaient ici et là. On était tout de même un samedi soir à Paris !

Encore trois minutes d’attente.

Je souris un peu puis reportai mon attention vers les trois jeunes. Ils ne parlaient qu’entre eux, bien sûr. Le plus grand dévorait des yeux la seule jeune fille du groupe. J’enviais leur jeunesse et leur complicité.

Le train se profilait dans la rame, et je tournai alors la tête vers l’homme à la serviette. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. En l’espace de trois enjambées je me retrouvai à sa hauteur. Le train allait arriver d’ici cinq secondes. L’homme avait déjà un pied dans le vide. Encore deux secondes et il serait percuté de plein fouet. Je le saisis par les épaules et le tirai en arrière. Heureusement, il était fluet. Je le maintins le temps de le déposer doucement au sol, comme un vase de prix ou un objet fragile. Comme je l’avais anticipé, il se mit aussitôt à avoir des convulsions. Je lui ôtai ses lunettes.  Par chance, on était dans le métro et il n’y avait aucun objet alentour susceptible de le blesser.  Je notai l’heure de début de la crise. Une femme arriva en brandissant son portable.

« Voulez-vous que j’appelle les secours ? Me proposa-t-elle d’une voix suraiguë.

-Oui, s’il vous plait. C’est une crise d’épilepsie. Pourriez-vous me passer votre veste ? Pour la placer sous sa tête. »

La femme hésita un instant puis elle s’exécuta.

Une petite troupe s’était déjà formée autour du malade.

« Ne faudrait-il pas lui mettre les doigts dans la bouche ? Pour qu’il ne se morde pas la langue ? lança un petit homme chauve.

-Non, répondis-je, c’est une légende. Les épileptiques peuvent se mordre la langue mais en aucun cas ils ne l’avaleront. Il ne faut rien mettre dans sa bouche ! »

Je regardai ma montre, anxieuse. L’homme convulsait depuis déjà trois minutes. Je savais qu’il fallait avertir les pompiers si une crise durait plus de cinq minutes ou si la personne ne reprenait pas connaissance au bout de dix minutes.

Enfin, l’homme arrêta de convulser. Je le plaçai doucement en position latérale de sécurité.

Les pompiers arrivèrent alors.

« La crise a duré plus de quatre minutes, les informai-je.

-Merci pour votre aide, dit le chef des pompiers. Il porte un bracelet d’identification, ça va beaucoup nous aider !

-J’ai tout vu, dit un homme. Cette dame l’a sauvé ! Le train allait arriver. Elle l’a retenu à temps et a réussi à garder son calme. Comment avez-vous fait ? me demanda l’homme. Je n’ai rien vu venir.

-Nous non plus ! s’écrièrent les badauds.

-Oh, ce n’est rien du tout répondis-je. C’est juste que j’ai vécu longtemps avec un épileptique. Je sais repérer les crises à de tous petits signes, des détails de comportement infimes. Ce qui n’est possible que lorsqu’on connaît très bien quelqu’un… quand on est amoureux, par exemple. Comme Francis et Mina.

-Qui sont Francis et Mina ?

-Mes héros préférés, dans Au-delà de l’Horizon ! »

 

 

 

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Ecrit mai 24, 2018 par Alex dans la catégorie "romans

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