La mer m’a toujours inspirée. J’aime la mer, ses couleurs, ses humeurs, ses fureurs.

A tel point que je lui ai consacrée un roman.

Pourtant, ce n’était pas gagné. L’été de mes huit ans, je suis partie en vacances Espagne avec mes grands-parents sur les îles Baléares. J’étais tout excitée à l’idée de prendre l’avion. C’était la première fois. J’ai adoré, à tel point que j’ai accompli le vol quatre fois en tout, pour repartir « chercher » mes parents qui devaient prendre eux-mêmes leurs vacances dans cette île paradisiaque où les enfants ont le droit de jouer aux machines à sous (bon, c’était il y a 30 ans, aujourd’hui je ne suis plus très sûre…)

Il s’en est passé des choses, entre les deux voyages. De quoi dégoûter n’importe quel enfant de l’univers aquatique.

Mais pas moi.

Huit ans, donc, et je ne savais pas nager. J’étais pourtant (et le suis toujours) du genre sportive, mais à l’école, en ayant « piscine » une fois par semaine, je n’ai pas appris grand chose, et surtout pas à nager. Ah si, il y a une chose: j’ai su rapidement  mettre la tête sous l’eau. Sans me flinguer les narines avec le chlore (point de piscine à l’ozone dans les années 80!)

Une compétence qui s’avèrera utile, comme on va le voir.

Mais revenons à nos moutons.

Arrivée sur l’île, mon grand-père, comme toujours lorsqu’il s’agissait de sa seule petite-fille, s’est mis en tête de m’apprendre un truc utile. Après la bicyclette, la nage donc.

« Tu vas voir, c’est facile!  »

Ni une ni deux, nous sous sommes équipés pour les « leçons particulières » de l’optimiste Papy. A savoir: une bouée, des brassards gonflables, des lunettes. Pas de pince-nez, mais c’était tout juste.

Chaque jour, je plongeais avec délices dans une eau à vingt-huit degrés. Je me souviens encore de la jetée où, parfois, mon grand-père allait pêcher de bonne heure, avant de s’occuper de mon cas, en général l’après-midi.

Mais pas question de se prélasser dans ce bain géant, il fallait bosser. Jour après jour, mon grand-père dégonflait les brassards (on avait laissé tomber la bouée, peu pratique et trop infantilisante) pour que, sans que je m’en rende compte, je me mette à intégrer les apprentissages si patiemment dispensés par ce professeur, il faut le dire, très pédagogue.

Malgré tout, je ne faisais que peu de progrès. Je n’arrivais tout simplement pas à me détendre suffisamment pour maintenir ma tête hors de l’eau. Mes mouvements saccadés et désordonnés me faisaient sans cesse « boire la tasse » comme disait mon grand-père.

Les jours passaient et je ne faisais guère de progrès, au désespoir de la famille.

Puis, vers la fin de ce premier séjour, nous avons décidé de partir en bateau pour une petite excursion dans une île voisine. Le grand oncle chez qui nous logions avait un bateau, et nous voilà partis en pleine mer.

Le vent était chaud, la mer calme, le bateau sécurisant.

Jusqu’au moment où, alors que nous arrivions en vue de l’île, je suis tombée à l’eau par accident.

On entend toutes sortes de choses sur les enfants qu’on pousse à l’eau et qui développent une phobie de l’eau, ou encore qui se mettent à nager, juste par réflexe. Il y a ceux qui en sortent traumatisés, ou ceux qui  sont galvanisés.

Pour moi, ce fut une révélation.

J’avais l’impression de voir un tableau vivant. J’ai ouvert les yeux et je me souviendrai toujours de ce que j’ai vu: les couleurs étaient de toutes les nuances, la flore et la faune extraordinaires. J’avais l’impression d’être dans un aquarium et pas un instant je n’ai eu peur. Je restais là, le souffle coupé (il valait mieux!) à contempler cette féérie aquatique.

Mais il me fallait prendre de l’air.

Et d’un seul coup, je suis remontée à la surface, me rappelant les leçons de natations si durement apprises.

Enfin, je savais nager.

Cet épisode, à lui seul  m’a donné l’inspiration pour écrire mon dernier roman « Au-delà de l’Horizon ».

 

 

 

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