novembre 5

Premier jet, et ensuite?

Je le soupèse, je le tâte, j’en éprouve l’épaisseur. Le premier jet est là, bien tangible dans sa version papier.

J’ai passé des mois sur ce premier jet et je mesure combien il me reste de chemin à parcourir avant d’en faire une oeuvre la plus aboutie possible.

Mais le moment n’est pas encore venu.

D’abord, il me faut remiser le manuscrit dans un tiroir. Pour quelques semaines. Des semaines qui seront consacrées à un autre projet.

Puis, vient le temps de la relecture. Armée d’un stylo rouge (et d’un chaudron de café), je m’assois devant le tas de feuilles et je redécouvre mon texte comme si c’était la première fois. A chaque instant, je m’efforce de me mettre à la place du lecteur. Je traque à la loupe toutes les incohérences: dramatiques, thématiques, chronologiques. Je relis mes fiches: mes personnages sont-ils en accord avec leur caractérisation? Sont-ils assez fouillés? L’opposition entre le protagoniste et l’antagoniste est-elle bien marquée? En ai-je assez « fait baver » à mon héros?

Je me penche ensuite sur les grandes articulations du texte: l’acte un, l’acte deux, l’acte trois, le midpoint, le début et la fin. Est-ce que j’ai pris le temps de laisser les choses évoluer? Ai-je pris des raccourcis? Ai-je besoin de faire de nouvelles recherches pour caractériser mon univers et enrichir mes descriptions?

Ensuite, je passe chaque scène à la loupe: toutes les scènes sont-elles bien nécessaires? Puis-je en enlever certaines sans nuire à la compréhension du texte (sous peine d’ennuyer mon lecteur)? Les enjeux de l’histoire sont-ils bien illustrés dans chaque scène? Chaque scène fait-elle progresser mon intrigue? Qu’en est-il du rythme? Est-ce que les émotions des personnages sont contrastées et compréhensibles?

Je veille également à susciter l’émotion du lecteur avec une écriture sensorielle et riche, ainsi que des enjeux forts. Mon personnage principal doit avoir quelque chose à perdre s’il ne va pas au bout de sa quête. Et les intrigues secondaires doivent contribuer à donner du sens à l’ensemble.

A ce niveau de relecture, je travaille sur le symbolisme, qui me permet de donner de la profondeur au texte, ainsi que sur mes décors et les objets. Le premier jet est souvent très cliché. La réécriture permet d’aller du général au particulier. Une « couverture grise » devient un « jeté de lit fausse fourrure ». J’aime cette partie du travail, c’est celle qui permet d’insuffler de l’âme aux mots, d’introduire mon univers d’auteur dans le texte.

Enfin, le travail stylistique peut intervenir à ce niveau de relecture. Je vérifie que le style est fluide, je remplace des mots et de verbes trop génériques (comme « être », « avoir », « faire ») par des termes plus appropriés et plus riches. J’élague, je raccourcis, je peaufine. Je vérifie les verbes de dialogue et les remplace également par des termes plus nuancés.

Enfin, il me reste le travail de mise en page et de typographie. J’utilise le logiciel Antidote pour m’aider.

En tout, il m’aura fallu de dix à quinze réécritures pour considérer que j’ai fait mon boulot d’écrivain…

septembre 30

Ecrivez, encore, et encore, et…

J’ai relu dernièrement certains de mes premiers textes, et je dois bien me rendre à l’évidence, ils n’étaient vraiment pas terribles… Ils sont sûrement encore loin d’être parfaits aujourd’hui (je n’ai pas cette prétention), mais je mesure tout de même les progrès accomplis.

En vérité, il est toujours possible d’améliorer ses oeuvres. Encore et encore et… la vérité c’est que la perfection n’est pas de ce monde. Je préfère largement produire de nombreux textes imparfaits qu’un seul sur lequel je vais trimer pendant des années. Pas par négligence, superficialité ou par manque de rigueur. Je suis juste persuadée que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Que la vie est trop courte pour réserver des mois et des années à un seul projet alors que les idées d’histoires se bousculent dans ma tête pour en sortir et s’ancrer (s' »encrer »?) dans le monde réel.

Pas forcément dans l’optique d’être publiées. Il paraît que Jean-Louis Murat, dans le registre de la chanson, s’astreint à trois heures d’écriture quotidienne, pour au final ne sortir qu’un album par an (ce qui n’est pas si mal tout de même pour un musicien!)

Amélie Nothomb, quant à elle, écrit trois romans par an et n’en publie qu’un. Voici ce qu’elle confiait à un journaliste en 2017, à la sortie de son roman Riquet à la houppe: « Oui, c’est vrai, j’écris trois romans par an et je les conserve tous. Je n’écris pas pour être publiée, j’écris chaque jour parce que pour moi, c’est ma plus haute nécessité, c’est indispensable à ma journée. J’écris sans savoir pourquoi, ce que je sais c’est que c’est un désastre si je n’écris pas chaque jour. »

Vous brûlez d’envie d’écrire? Alors écrivez! Que vous soyez un débutant ou un écrivain aguerri, cessez d’écouter votre esprit critique qui vous harcèle et vous fait croire que « vous n’êtes pas assez bon », que « personne ne vous lira », ou encore que « tante Jasmine va se reconnaître dans la vieille fille avec des taches d’oeuf dur sur le vieux tee-shirt qui lui sert de pyjama ».

Il en sortira toujours quelque chose. Quelque chose qui vous fera progresser. On peut apprendre beaucoup d’un mauvais texte. En revanche, on ne peut rien apprendre … de rien.

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