Mois : novembre 2019

Cafés, mansardes, et autres lieux de débauche artistique

Le café, nectar d’inspiration pour écrivain

Je dois vous faire une confidence: j’aime le café. Mais ce dont je raffole plus que tout, c’est écrire dans les cafés. Parce que ça FONCTIONNE pour moi.

Je ne prétends pas avoir la science de l’inspiration, mais une chose est sûre, j’ai un peu d’expérience en matière d’écriture, et j’observe que pour bon nombre de mes amis/ confrères/ consoeurs en écriture, il y a des choses qui fonctionnent mieux que d’autres. Et mieux pour certains que pour d’autres.

Car il appartient à chacun de bien se connaître, et le « cognosce te ipsum » (connais-toi toi-même), gravé sur le fronton du Temple de Delphes, se révèle crucial lorsqu’on aspire, en tant qu’écrivain livré à lui-même, à une certaine productivité. Voici donc un petit florilège de lieux où vous pourriez vous épanouir artistiquement, comme j’ai pu en faire l’expérience, et comment je procède. En espérant que cela vous donnera quelques pistes de réflexion…

Les cafés, un lieu d’écriture privilégié pour allergiques au papier-peint

Les cafés, donc. Je m’y rends très souvent. Pour l’ambiance. Pour ne pas être chez moi avec un mur au papier-peint grisâtre pour seul horizon. Parce qu’il y a d’autres gens qui s’y trouvent, qui parlent et génèrent un brouhaha discret, mais surtout qui ne s’adressent pas à moi directement. L’équipement nécessaire se résume à:

  • Un ordinateur (avec batterie chargée si possible, mais il y a moyen de s’arranger, continuez à lire)
  • Des logiciels en ligne pour le travail d’écriture proprement dit (Antidote contient tout cela)
  • Un casque (au cas où vous croiseriez une famille nombreuse, ça arrive depuis que les cafés sont non-fumeurs) et une application de musique (je vous conseille Spotify, avec la playlist « Concentration maximum »)
  • Une prise multiple. Ah, ça je parie que vous n’y auriez pas pensé? Tous les cafés possèdent des prises, mais avec l’explosion des écrivains/ blogueurs/free-lance qui se lancent, c’est la guerre de l’énergie. Avec une prise multiple dans votre cartable, le courant passera mieux et vous vous ferez peut-être même des amis.
  • Et, pourquoi pas, un antivol pour votre ordinateur, pratique pour les pauses-pipi (personnellement je n’ai jamais essayé, je n’en ai même jamais vu, sauf dans les rayons des grandes enseignes informatiques. Mais qui sait, vous pourriez peut-être lancer la mode?).
  • Quelques pièces de monnaie pour le nectar qui vous insufflera l’inspiration nécessaire. Le café, bien sûr, mais après ça dépend de votre profil psychologique. Gardez cependant à l’esprit que vous devez le garder (votre esprit). On est là pour bosser, au final, tout de même!
  • Enfin, si vous avez la chance de vivre dans une ville (pour les autres, continuez à lire), sachez que plein d’enseignes proposent des boissons et autres en-cas à déguster pour un prix modique et qu’en plus vous pourrez faire du « camping ». On assiste à un nouvel ordre mondial des écrivains, avec l’émergence de franchises dans le genre Exki, Prêt-à-Manger, Starbucks, etc.

Mais Alex, j’habite à la campagne, c’est encore en zone blanche et on achète encore le pain à la camionnette qui passe le matin! Y a pas un rade à des kilomèèèèèètres!

Petit guide de survie dans un monde déconnecté

Je comprends. Et je dirais que vous avez de la CHANCE! Restez avec moi.

Il m’arrive aussi de partir dans certaines contrées où le wifi ne passe pas entre le salon et la cuisine. Une fois, chez mes parents qui ont une grande maison à la campagne, j’ai utilisé un podomètre pour mesurer combien de pas je faisais en une journée sans sortir de la maison. Le nombre de pas, je n’en ai pas souvenir. Mais j’avais tout de même parcouru 1,7 kilomètres ! Et sans mettre le nez dehors !

Bref, s’agissant d’écriture, un petit coin de verdure peut se révéler idyllique! Imaginez, un petit paradis sans Internet, sans notifications, sans réseau. De quoi se concentrer un maximum sans risquer d’être dérangé! (sauf par le chant du coq, mais laissons les animaux en paix, on s’y fait très bien).

Voici comment je travaille à la campagne

Je réécris sur papier. Cela suppose donc d’avoir un premier jet préalablement IMPRIMÉ, que j’emporte et sur lequel je vais redécouvrir mon texte comme si c’était la première fois. Armée d’un stylo rouge, je note tous les dysfonctionnements (cf l’article Premier jet, et ensuite?)

En parallèle, j’utilise un logiciel de prise de notes (comme Evernote, mon préféré), et j’y inscris toutes les tâches à accomplir pour retravailler mon texte, quand j’aurai de nouveau accès à Internet. Je m’arrange pour que chaque tâche ne prenne pas plus de 15 minutes ou 30 minutes. Il peut s’agir de points de recherches à faire ou à préciser, d’incohérences à revoir, de descriptions à enrichir, de vérifications en termes de chronologie de l’histoire, etc. L’idée, c’est qu’en rentrant chez moi, j’aie une liste de choses à revoir très précises que je pourrais caser par quarts d’heures ou demi-heures dans mon emploi du temps. C’est du temps « volé » qui peut s’ajouter à d’autres tâches. (Comme les pauses pub à la télé)

D’autres systèmes pour augmenter votre productivité

D’autres systèmes me réussissent à la campagne: je veux parler du travail en mode « journaliste » que vous pouvez découvrir dans le livre Deep Work de Cal Newport. Il s’agit de profiter de chaque moment de temps libre pour se plonger dans le travail. Personnellement, je ne suis pas une adepte du sacro-saint « apéro » (sauf s’il y a du café, mais ça passe mal en général), alors je laisse les invités profiter de ce moment pour aller écrire. Ce qui donne trente minutes à une heure d’écriture deux fois par jour. Ce qui est immense en matière de productivité! Vous ne me croyez pas? Essayez donc sur un weekend de trois jours et racontez-moi votre expérience dans les commentaires !

Et ça, c’est sans parler de la sieste des petits (et des grands, il faut bien l’avouer). Je déteste la sieste. Même toute gamine je n’ai jamais pu dormir l’après-midi. Encore du temps pour écrire !

Voilà, vous saisissez l’idée.

On peut aller encore plus loin en attribuant des tâches en fonction du lieu. pas d’Internet dans votre chambre? Reprenez le point 1 et une fois ce travail achevé, changez de coin pour vous rapprocher du wifi. A vous les recherches et le travail sur votre liste de tâches! (ça marche très bien pendant un film ennuyeux en famille ou entre amis, avec l’ordi sur les genoux.) Quoi? vous préférez la console de jeux? Vous êtes écrivain, oui ou non? Alors au travail!

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Publié par Alex dans Techniques d'écriture, 0 commentaire

Premier jet, et ensuite?

Je le soupèse, je le tâte, j’en éprouve l’épaisseur. Le premier jet est là, bien tangible dans sa version papier.

J’ai passé des mois sur ce premier jet et je mesure combien il me reste de chemin à parcourir avant d’en faire une oeuvre la plus aboutie possible.

Mais le moment n’est pas encore venu.

D’abord, il me faut remiser le manuscrit dans un tiroir. Pour quelques semaines. Des semaines qui seront consacrées à un autre projet.

Puis, vient le temps de la relecture. Armée d’un stylo rouge (et d’un chaudron de café), je m’assois devant le tas de feuilles et je redécouvre mon texte comme si c’était la première fois. A chaque instant, je m’efforce de me mettre à la place du lecteur. Je traque à la loupe toutes les incohérences: dramatiques, thématiques, chronologiques. Je relis mes fiches: mes personnages sont-ils en accord avec leur caractérisation? Sont-ils assez fouillés? L’opposition entre le protagoniste et l’antagoniste est-elle bien marquée? En ai-je assez « fait baver » à mon héros?

Je me penche ensuite sur les grandes articulations du texte: l’acte un, l’acte deux, l’acte trois, le midpoint, le début et la fin. Est-ce que j’ai pris le temps de laisser les choses évoluer? Ai-je pris des raccourcis? Ai-je besoin de faire de nouvelles recherches pour caractériser mon univers et enrichir mes descriptions?

Ensuite, je passe chaque scène à la loupe: toutes les scènes sont-elles bien nécessaires? Puis-je en enlever certaines sans nuire à la compréhension du texte (sous peine d’ennuyer mon lecteur)? Les enjeux de l’histoire sont-ils bien illustrés dans chaque scène? Chaque scène fait-elle progresser mon intrigue? Qu’en est-il du rythme? Est-ce que les émotions des personnages sont contrastées et compréhensibles?

Je veille également à susciter l’émotion du lecteur avec une écriture sensorielle et riche, ainsi que des enjeux forts. Mon personnage principal doit avoir quelque chose à perdre s’il ne va pas au bout de sa quête. Et les intrigues secondaires doivent contribuer à donner du sens à l’ensemble.

A ce niveau de relecture, je travaille sur le symbolisme, qui me permet de donner de la profondeur au texte, ainsi que sur mes décors et les objets. Le premier jet est souvent très cliché. La réécriture permet d’aller du général au particulier. Une « couverture grise » devient un « jeté de lit fausse fourrure ». J’aime cette partie du travail, c’est celle qui permet d’insuffler de l’âme aux mots, d’introduire mon univers d’auteur dans le texte.

Enfin, le travail stylistique peut intervenir à ce niveau de relecture. Je vérifie que le style est fluide, je remplace des mots et de verbes trop génériques (comme « être », « avoir », « faire ») par des termes plus appropriés et plus riches. J’élague, je raccourcis, je peaufine. Je vérifie les verbes de dialogue et les remplace également par des termes plus nuancés.

Enfin, il me reste le travail de mise en page et de typographie. J’utilise le logiciel Antidote pour m’aider.

En tout, il m’aura fallu de dix à quinze réécritures pour considérer que j’ai fait mon boulot d’écrivain…

Publié par Alex dans Techniques d'écriture, 0 commentaire